Renée Chevalier
La Vierge à la mouche Stigmate III(vue partielle)
Galerie LUZ- 2011 Édifice Le Belgo,
Montréal, Québec
Renée Chevalier, un regard qui fait mouche
Au départ, une rencontre qui ne trouvera son sens que plus tard, quand s'entremêleront les données, quand les pas de l'artiste la mèneront vers elle, Lucretia, dans une quête d'absolu transcendée par le regard porté sur l'objet de départ.
Un objet qui n'est pas qu'un objet, mais une sculpture qui, les détails enregistrés par la rétine, doivent s'absorber pour entrer dans le flou nécessaire de son exploration.
C'est là qu'intervient l'artiste. Une artiste qui explore, qui tâtonne, qui cherche, qui s'expose, qui regarde, qui intervient, qui dissimule, qui éclaire, qui donne vie à la mort exprimée dans la matière.
Et c'est là que la mort devient belle dans le flou artistique choisi par la photographe, dans les perles répandues sur le lieu même du suicide choisi pour effacer l'horreur, dans ces perles qui n'ont rien des symboles mortuaires.
C'est là aussi que la mort, qui n'est jamais banale et encore moins quand elle est choisie volontairement, devient autre, parce qu'une mouche est là. Témoin du drame.
Témoin du regard de l'artiste. Témoin muet auquel on attribuera un signe extérieur de beauté volontaire.
La mouche n'est-elle pas un faux grain de beauté pour faire ressortir un teint pâle, voire translucide? Et cette sculpture qui sert de prétexte à une histoire inventée n'est-elle pas aussi à l'image de ce qu'elle représente : la blancheur de la mort?
Où est le vrai? Où est le faux? Est-il besoin de trancher, de déterminer, de soupeser, d'examiner dans les moindres détails? Il est un résultat. Une série de photos où le blanc de la pureté, incarné d'abord par une vierge, prend toute la place.
Non pas un blanc, mais des blancs, clairs, brillants, crémeux, des blancs comme autant de nuances.
Des blancs comme ceux liés aux trous de mémoire. Car rien n'est jamais tout à fait blanc, ni tout à fait vrai.
Le regard de Renée Chevalier s'est un jour posé sur Lucretia le temps d'une visite au Musée national des arts de Catalogne à Barcelone. Tout de suite, elle a senti, perçu, compris que se cachait là une histoire à raconter qui n'était pas étrangère à
celle pressentie lors de sa rencontre avec la vierge de Sainte-Luce-sur-Mer.
Immédiatement, elle a su qu'elle devait photographier Lucretia, retenir ce qui se dégageait d'elle et créer pour elle une ode à la beauté, en conservant la mouche de départ, réelle, comme un signe du destin.
Cette mouche qui enregistre ce qu'aucun appareil photograhique ne sera en mesure de capter, à savoir 200 images par seconde. Et qui est là, grain de beauté révélateur ou dissimulateur, dépendamment de qui posera les yeux sur elle.
Le reste n'appartient plus à l'artiste. Il appartient à tous ceux qui se laisseront happer par la vision des choses de Renée Chevalier qui, depuis 20 ans, ne cesse de se remettre en question, de réévaluer la portée de son regard, de recomposer des sujets maintes fois décomposés,
de réinventer le toujours su mais jamais exploré par elle, de redire sans redites, de se réapproprier les couleurs et la lumière, peu importe le matériau choisi pour le faire,
et dont chaque exposition, dans son renouveau et son renouvellement, apporte une compréhension inédite du monde dans lequel elle vit et cogite.
Christine Champagne, octobre 2011
Touche-à-tout de la littérature, Christine Champagne a été libraire, animatrice à la télévision communautaire et à la radio de Radio-Canada où elle
s'est entretenue avec plus de 500 écrivains, et de 1996 à 2004 adjointe à la direction de XYZ. La revue de la nouvelle où elle est toujours active en tant que membre du collectif.
Elle a publié deux romans pour les jeunes ainsi que des nouvelles et des poèmes dans des revues littéraires au Québec, en France et au Mexique.

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